En France, le diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenu un élément incontournable des transactions immobilières, influençant la valeur des biens et la prise de décision des acheteurs et locataires. Classant les logements de A (très performant) à G (très énergivore), il joue un rôle clé dans la politique de transition énergétique du pays. Pourtant, sa fiabilité est régulièrement remise en cause : sur quatre millions de DPE réalisés chaque année, environ 70 000 seraient frauduleux, selon la ministre du Logement, Valérie Létard. Face à cette problématique, un plan en dix mesures a été dévoilé le 19 mars 2025 pour renforcer la crédibilité du DPE, avec une innovation majeure : l’introduction d’un QR Code.
Un QR Code pour plus de transparence
À partir de juin 2025, chaque diagnostiqueur immobilier sera associé à un QR Code relié à la base de données de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Ce dispositif permettra aux particuliers de :
- Vérifier en temps réel la légitimité du professionnel.
- Consulter la conformité du DPE réalisé.
- Accéder à une liste noire des diagnostiqueurs radiés.
Avec 1,3 million de diagnostics présentant des anomalies, selon des entreprises spécialisées, cette mesure vise à limiter la fraude et à renforcer la confiance des consommateurs.
Pourquoi cette réforme du DPE ?
Le DPE ne se limite pas à un simple document administratif. Il impacte directement le marché immobilier :
- Un logement classé G se vend en moyenne 10 % moins cher qu’un classé F.
- Un logement F perd 8 % de sa valeur par rapport à un E.
Avec l’interdiction de la location des logements G dès janvier 2025, puis des F en 2028 et des E en 2034, certains propriétaires tentent de truquer leur DPE pour contourner ces restrictions. Cette situation met en péril les objectifs climatiques et mine la confiance des ménages.
Un encadrement renforcé des diagnostiqueurs
Outre l’intégration du QR Code, plusieurs mesures sont prévues pour professionnaliser le secteur :
- Une mission parlementaire (mars 2025) étudiera la création d’un ordre des diagnostiqueurs, sur le modèle des médecins.
- Un diplôme post-bac de deux ans est en discussion.
- Dès mars 2026, une géolocalisation vérifiera la présence effective des diagnostiqueurs sur site.
- Les contrôles annuels seront multipliés par quatre, passant de 2 500 à 10 000.
- Les sanctions seront durcies, avec des radiations allongées.
Un délai pour limiter la fraude
Pour éviter les pressions et fraudes, les résultats du DPE ne seront plus communiqués immédiatement. À l’image des résultats du permis de conduire, ils seront transmis 24 heures après la visite via un système dématérialisé.
Cette mesure, applicable fin 2025, vise à garantir des évaluations objectives et indépendantes des pressions exercées par certains propriétaires.
Quel impact pour les consommateurs ?
Globalement, ces réformes sont bien accueillies. La Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM) salue l’initiative tout en demandant une vigilance accrue sur sa mise en œuvre. L’Alliance du diagnostic immobilier propose même la création d’un organe disciplinaire pour surveiller les professionnels.
Cependant, des inquiétudes persistent :
- Une hausse du coût du DPE est redoutée. Actuellement, il est facturé entre 150 et 250 €, mais l’ajout de nouvelles contraintes pourrait alourdir la facture.
- Les propriétaires doivent déjà faire face à des travaux de rénovation coûteux : plus de 1 000 €/m² pour passer d’un logement G à E.
Une avancée vers un DPE plus fiable ?
En combinant technologie (QR Code, géolocalisation), régulation (contrôles, formation) et prévention (délai de communication), ce plan vise à restaurer la crédibilité du DPE et à protéger les consommateurs.
Reste à voir si ces mesures suffiront à harmoniser les pratiques dans un secteur où la qualité des diagnostics reste encore trop variable.